Aller au contenu principal

Dossier XIV · L’élégance

Le vestiaire féminin selon les circonstances

Le vestiaire féminin a été libéré de ses contraintes bien avant le vestiaire masculin — et c’est justement ce qui rend ses codes plus difficiles à lire. Voici ce que chaque circonstance appelle encore, ce qu’elle n’exige plus, et comment répondre juste à un carton.

14 min de lecture 4 chapitres

Il faut le dire d’emblée : le vestiaire féminin a cessé, dans la seconde moitié du XXe siècle, d’être régi par des règles comparables à celles du vestiaire masculin. Les manuels du XIXe siècle prescrivaient à une femme le tissu, la couleur, la longueur et jusqu’aux bijoux autorisés selon l’heure et l’état de deuil ; rien de tout cela n’a survécu, et personne ne le regrettera.

Ce qui subsiste est d’une autre nature : non plus un règlement, mais une grammaire des circonstances. Un carton, un lieu, une heure appellent une réponse ; il n’y en a pas qu’une seule, mais il y en a de justes et de fausses. C’est cette grammaire que nous décrivons ici.

Être bien mise, ce n’est pas être richement vêtue : c’est être vêtue selon le lieu, l’heure et la compagnie.

La baronne Staffe Usages du monde 1889

Lire un carton

MentionTenue attendue
Cravate blanche / White tieRobe longue, jusqu’à la cheville ou au sol ; gants longs possibles
Cravate noire / Black tieRobe longue, ou robe de cocktail habillée, ou ensemble du soir
Tenue de cocktailRobe à hauteur du genou, tissu habillé
Tenue de villeRobe, tailleur ou ensemble soigné ; pas de tenue du soir
Tenue correcte exigéeLe minimum : vêtement couvrant, chaussures fermées ou habillées
Élégance décontractéeEnsemble soigné sans caractère cérémoniel

Ce que les mentions de tenue appellent, côté féminin.

Les grandes circonstances

Le mariage

Ni blanc, ni noir intégral. Le blanc — et toutes ses variations : ivoire, crème, écru, champagne très pâle — appartient à la mariée. Le noir de la tête aux pieds, longtemps signe de deuil, se porte aujourd’hui volontiers le soir, mais demande d’être rompu par une couleur.

On s’adapte à l’heure. Un mariage célébré à onze heures appelle une tenue de jour ; le même mariage dont la réception dure jusqu’à minuit ne demande pas de se changer, mais permet d’ajouter le soir un accessoire plus habillé.

Le chapeau est d’usage aux mariages célébrés le matin, et se retire rarement pendant la cérémonie. Il se choisit assez modeste pour ne pas masquer la vue de ceux qui sont derrière.

Les mères des mariés s’accordent entre elles par téléphone, quelques semaines avant. C’est un usage non écrit, universellement pratiqué, et qui évite deux robes de la même couleur au premier rang.

Les obsèques

Le noir intégral n’est plus exigé que de la famille proche, et encore. Ce qui est exigé n’a pas changé : le sombre et le sobre. Marine, gris foncé, brun profond, prune conviennent.

On évite les couleurs vives, les motifs marqués, les tissus brillants, les bijoux voyants et les parfums insistants. On couvre les épaules et les bras si la cérémonie a lieu dans un lieu de culte.

Certaines familles demandent expressément une couleur ou une pièce d’habillement en souvenir du défunt : cette demande prime sur toute règle générale, sans exception.

L’église

Les épaules couvertes sont la règle dans un lieu de culte, et une étole ou une veste légère dans le sac suffit. Beaucoup de sanctuaires en Italie et en Espagne exigent aussi une longueur minimale et refusent l’entrée sans elle ; les églises françaises ne le font pas, ce qui ne rend pas la chose plus élégante.

La mantille et le voile ne sont plus obligatoires depuis le concile Vatican II ; ils subsistent dans certaines célébrations traditionnelles et lors des audiences pontificales, où la tenue demandée est indiquée par le protocole.

Le milieu professionnel

Il n’y a plus de code unique : il y a des codes par secteur. Banque, droit, diplomatie et institutions restent formels — tailleur ou ensemble, chaussures fermées, bijoux discrets. Création, technologie, presse et enseignement le sont beaucoup moins.

La règle qui vaut partout : observer une semaine avant de décider. Ce que porte la personne la plus haut placée de l’équipe indique la norme réelle du lieu, quelle que soit la note de service.

Les repères qui subsistent

Ce qui se fait

  • Adapter la tenue à l’heure autant qu’au lieu.
  • Emporter une étole ou une veste légère lorsqu’une église est au programme.
  • Choisir des chaussures dans lesquelles on peut rester debout deux heures.
  • Vérifier la longueur assise, et non seulement debout.
  • Se renseigner sur la tenue lorsqu’un carton n’en dit rien : la question ne choque personne.

Ce qui ne se fait pas

  • Le blanc à un mariage.
  • La robe longue avant dix-huit heures.
  • Le parfum appuyé dans un lieu clos — église, dîner, spectacle.
  • Le chapeau large aux premiers rangs d’une cérémonie.
  • Le sac volumineux dans un dîner assis.

Les accessoires

Les bijoux suivent la même logique que les tissus : discrets le jour, plus visibles le soir. La règle traditionnelle — les perles le jour, les pierres le soir — n’a plus cours, mais elle avait un fondement optique : le brillant appelle la lumière artificielle.

Les gants longs appartiennent à la cravate blanche. Ils se gardent pour saluer et pour danser, se retirent pour manger — et ne se retirent jamais à table : on les ôte avant de s’asseoir.

Le sac : petit et à main pour un dîner assis, où il se pose sur les genoux ou derrière soi sur la chaise, jamais sur la table ni par terre.

Les chaussures doivent permettre de tenir debout la durée réelle de l’évènement, cocktail compris. Un talon qu’on abandonne au bout d’une heure a coûté plus qu’il n’a rapporté.

Ce qui a réellement disparu

Trois systèmes entiers ont été emportés au XXe siècle, et leur disparition ne se discute pas.

Le deuil codifié : un an et six semaines pour une veuve, laine noire mate, aucun bijou, puis demi-deuil en gris et mauve, avec des durées distinctes selon le degré de parenté. Ce système pesait presque exclusivement sur les femmes.

Le chapeau et les gants obligatoires en ville, disparus dans les années 1960 avec leurs équivalents masculins.

La prescription du tissu et de la couleur par l’heure : mousseline le matin, taffetas l’après-midi, satin le soir. Les manuels du XIXe siècle y consacraient des chapitres entiers.

Ce qui les remplace tient en une phrase que les traités anciens n’auraient pas comprise : la tenue juste est celle qui permet d’oublier qu’on est habillée. C’est une règle moderne, et de loin la meilleure de toutes.

Poursuivre

Dans le même esprit

Tous les dossiers

S’habiller Dossier

Le vestiaire de l’homme

Habit, smoking, jaquette, costume de ville : décryptage complet des codes vestimentaires masculins. Ce que veut dire chaque mention sur un carton d'invitation, et comment y répondre juste.

Chaque mois

La lettre du savoir-vivre

Un usage expliqué, une question d’étiquette tranchée, une page de traité commentée. Le premier lundi de chaque mois, dans votre boîte aux lettres électronique.