Savoir consommer le pain
Le pain est le seul aliment que l’on touche avec les doigts sans que personne y trouve à redire. Cette liberté a un prix : une série de règles précises, que l’habitude fait oublier.
Les Français ne sont plus les plus grands consommateurs de pain en Europe. Mais une table française ne peut néanmoins se concevoir sans pain. Alors, comment le consommer, comment l’utiliser ?
Le piège du pain à table est qu’il est facile de le consommer sans trop y penser, comme un réflexe. C’est la source de beaucoup d’erreurs.
Dans les bonnes maisons, on ne coupe le pain qu’une fois qu’il a été apporté à table, sur une planche. On le coupe en biseau ou droit, avec le long couteau denté prévu pour cet usage. Tout l’art consiste à limiter la production de miettes et à éviter que celles-ci n’atterrissent sur la nappe.
C’est le moment de la première tentation : consommer du pain avant que le premier plat ne vous soit servi. Or, c’est non !
La tentation peut être renforcée par la présence de beurriers individuels ou d’un ramequin mis à disposition sur la table. Mais se concocter une tartine avant le service de l’entrée est fort malpoli.
La règle est simple : on ne goûte pas le pain avant l’entrée. Même lorsque le menu commence par un potage, on attend pour s’attaquer à la baguette que l’entrée – qui suit – soit servie.
Autre tentation : croire qu’il est de bon ton de piquer son pain avec une fourchette, dans un geste faussement élégant. Non ! Le pain se porte à la bouche exclusivement avec les mains.
Idem pour en faire de plus petits bouts : on ne le coupe pas mais on le rompt, à la main. Et on ne le rompt qu’au fur et à mesure de nos besoins : on ne prépare pas de « mouillettes » !
Si, à la place d’une tranche de baguette, on vous a servi un petit pain entier, vous devez le rompre en deux avant d’en rompre ensuite chaque bout à consommer.
À proscrire bien évidemment : le déchiquetage entre les dents, ou le roulement de boulettes entre les doigts.
Troisième tentation : ne consommer que la partie du pain que l’on préfère (mie ou croûte). Cette erreur témoignerait de votre manque de mesure. C’est l’un des pièges de la consommation « réflexe », inconsciente.
Le pain possède également une utilité importante : il est le seul « outil » dont on se servira pour pousser la nourriture contre la fourchette, si besoin. On n’utilisera jamais le couteau à cette fin, celui-ci ne devant servir qu’à couper.
Une fois que ce petit bout de pain a servi à pousser la nourriture, on le place dans le coin supérieur gauche intérieur de l’assiette.
Dernière tentation : saucer.
Même si vous pensez qu’en piquant un bout de pain au bout d’une fourchette, vous pourrez élégamment saucer votre assiette, abandonnez tout de suite cette idée.
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