Peut-on dire « Bon appétit » ?
La formule est employée partout en France et refusée par l’usage le plus classique. Voici l’objection exacte des traités — et ce qu’il convient d’en faire aujourd’hui.
Le dictionnaire de l’Académie française de 1835 cite cette expression qu’il définit ainsi : «Souhait qu’on adresse à quelqu’un qui mange ou qui va manger». Même chose dans l’édition de 1932.
En fait, depuis le XIXe siècle, « Bon appétit » devient une expression assez familière, si l’on en croit les traces écrites de l’époque. On lit dans le Littré, Dictionnaire de la langue française (1872-77) qui se veut plus accessible que celui de l’Académie : «Bon appétit : formule dont on se sert en parlant à quelqu’un qui va manger».
Mais dans les faits, même si « appétit » signifie « désir », il n’empêche que souhaiter un « bon appétit » équivaut à souhaiter « un bon déroulement gastrique » ou « un bon courage » devant les plats proposés. Dans les deux cas, c’est d’une vulgarité qu’on tentera d’éviter à tout prix.
**L’expression est donc à proscrire des maisons de qualité. **
Néanmoins, il y a de fortes chances que vous l’entendiez parfois. Evitez alors à tout prix de répondre à l’identique. Un simple « merci » conclusif suffira, et fera comprendre délicatement à votre interlocuteur que vous ne goûtez pas cette expression.
L’objection exacte
On répète que la formule serait « vulgaire ». Le mot est excessif, et il masque l’argument réel, qui est double.
Elle renvoie au corps. Souhaiter bon appétit, c’est faire référence à la faim et à la digestion de son convive — c’est-à-dire à sa fonction organique — au moment précis où la table est censée transformer un besoin en plaisir partagé. Toute la civilité classique consiste à mettre à distance ce qui rappelle le corps.
Elle sous-entend. Les manuels du XIXe siècle ajoutent une seconde objection : souhaiter bon appétit reviendrait à laisser entendre que le convive aura besoin d’appétit pour venir à bout de ce qu’on lui sert. L’argument est mince, mais il a été écrit.
Ce qui se fait dans un dîner soigné
Rien. La maîtresse de maison prend sa fourchette, et chacun suit. Aucun mot n’est prononcé. Si l’on veut marquer le début du repas, on lève son verre, ce qui est un toast en réduction et n’appelle aucune formule.
Les substituts proposés — « bonne dégustation », « je vous souhaite un excellent déjeuner » — sont acceptables et un peu apprêtés. Le silence reste la solution la plus sûre.
Ce qui se dit réellement en France
« Bon appétit » est employé partout : dans les familles, à la cantine, dans la plupart des restaurants, et par les serveurs en apportant les plats. C’est un usage massivement majoritaire.
Notre position, conformément à notre méthode : nous exposons la règle traditionnelle et son état réel. Ne le dites pas si vous dînez dans un milieu qui l’évite ; dites-le sans scrupule ailleurs. Et surtout, ne reprenez jamais quelqu’un qui le dit : corriger un convive à table est une faute infiniment plus grave que la formule elle-même.
C’est d’ailleurs la règle générale du savoir-vivre, et elle vaut pour tout ce site : connaître un usage sert à ne pas gêner, jamais à surveiller les autres.
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